LES HOMMES, LA PAIX

Platon et Aristote

(L'École d'Athènes - Raphaël)

 

Qu’est ce que le fondamentalement vrai et comment peut-on le discerner avec sûreté de ce qui se présente comme étant vrai mais qui en réalité est fondamentalement faux ? Quels sont les critères qui permettent une telle investigation par des chemins stables, fondés sur des valeurs authentiques, qui tels des puissants phares ancrés au plus profond de nous-même peuvent — une fois éveillés — illuminer l’obscurité d’une existence apparemment sans raison d’être ? 

En partant du principe que Tout émane d'une seule et unique Source originelle, les choses et les êtres sont entre eux en constantes interactions plus ou moins perceptibles selon la hauteur vibratoire où elles se situent. Vu sous cet angle, ce qui est nécessaire, voire urgent, pour l’humanité dans les années à venir c’est la prise de conscience que la réalisation de son Unité organique dépend de sa capacité à se contempler dans son ensemble comme un Seul organisme dont chaque membre, cellule vivante de cet organisme, se trouve de par sa liaison profonde avec les autres membres, appelé à une extraordinaire aventure cosmique par l’éveil de sa conscience spirituelle à l'intérieur d'une infinie spirale d'évolution. Ceci lui permet de participer à des sphères de compréhension intelligible où la réalité d'informations assimilées à chaque degré atteint, est toujours supérieure à celle du degré précédent. Tant que la conscience de l'homme somnole captive par l'apparente séparation des choses et des êtres qui caractérise la dualité qui règne sur le monde des phénomènes sensibles, elle demeure forcement égocentrique. Par conséquent cet éveil ne peut avoir lieu, ou alors partiellement, et notre voisin sera toujours un ennemi si ses intérêts vont à l’encontre des nos intérêts.

Aucun système politique ne peut imposer la paix aux hommes par la force, car la paix est le fruit que l’on ne peut cueillir qu’au terme d’un dur combat intérieur devant être mené individuellement et qui ne peut être gagné que de haute lutte par chacun de nous. Cette lutte consiste symboliquement en la transformation des énergies psychiques et de leurs forces «centripètes» (tout pour soi et garder pour soi) en forces «centrifuges» à savoir : Tout recevoir, Tout transformer et Tout re-donner. Ainsi, le Bien de l’un sera également le Bien de tous et l’intérêt personnel sera transmuté en vision profonde quant à la compréhension de "l'autre" dans l’Unité de la Conscience éveillée.

Seul cet éveil qui élargit le cercle de la conscience et l'ouvre vers tout ce qui est potentiellement possible, permet une élévation vibratoire qui libère les plus hautes énergies d'inspiration sur un chemin qui avance d'une réalité vers une réalité plus vaste jusqu'à atteindre la "Réalité ultime".

 

Ce discernement du Vrai authentique a été clairement posé par Platon il y 2400 ans, par sa philosophie fondée sur les Archétypes primordiaux, les "Idées", puis sa fameuse Trinité : le Vrai, le Beau, le Bien.

Platon pense que les Idées sont « plus réelles » que la matière. Ainsi un objet, par exemple un arbre ou un animal peut disparaître car sa vie est transitoire, mais l'idée de l'arbre et de l'animal est éternelle. Les êtres matériels sont donc périssables, alors que les Idées sont impérissables. Dans l'allégorie de la caverne il dit que nous ressemblons à des hommes qui sont attachés, assis, dans une obscure caverne, de telle façon qu'ils ne peuvent ni tourner la tête ni voir quoi que ce soit d’autre que ce qui se dessine sur un mur qui se trouve en face d’eux. Derrière eux brûle un grand feu qui projette sur ce mur les ombres de choses réelles que l’ont fait passer entre eux et le feu. Étant dans l’incapacité de voir quoi que soit d’autre, ils tiennent ces ombres comme le seul et unique objet de leur perception visuelle. Ainsi, d’après Platon les objets que perçoivent nos sens dans le monde visible ne sont que des ombres par rapport aux idées, c'est-à-dire leur véritable réalité. À la fin de cette allégorie Socrate s'adresse à son interlocuteur Glaucon en ces termes :

« Voilà précisément, cher Glaucon, l’image de notre condition. L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir : Dieu sait si elle est vraie. Quant à moi, la chose me paraît telle que je vais dire. Aux dernières limites du monde intellectuel, est l’idée du bien qu’on aperçoit avec peine, mais qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de beau et de bon ; que dans le monde visible, elle produit la lumière et l’astre de qui elle vient directement ; que dans le monde invisible, c’est elle qui produit directement la vérité et l’intelligence ; qu’il faut enfin avoir les yeux sur cette idée pour se conduire avec sagesse dans la vie privée ou publique. » (Timée 35-36)

Ainsi pour Platon, les Idées désignent aussi, et même avant tout, les hautes Idéaux parmi lesquels voici celui qui peut être considéré comme la pierre angulaire de sa philosophie : le Vrai, le Bien et le Beau. Dans cet idéal, ce « triangle platonicien », chacun de ces trois éléments nous renvoie aux deux autres et ne peut atteindre sa plus haute valeur que si les deux autres éléments font partie intégrante de lui-même.

 

  • La Vérité n'est authentique que si elle rayonne la Beauté du monde Idéal de l'âme et propose le Bien pour tous.
  • Le Bien n'est authentique que si il représente une source de félicité pour tous et rayonne la Beauté de la Vérité.
  • La Beauté n'est authentique que dans la mesure où elle rayonne l'essence de la Vérité et de la haute éthique du Bien.

 

Cette triade platonicienne apparaît comme une clef ouvrant non seulement la porte de toute philosophie digne de ce nom mais elle pénètre jusqu’à l’essence même de l’objet de toute étude à propos de l’Origine de toute chose. La Vérité, le Vrai, dont il est ici question ne concerne évidemment pas les choses matérielles. Si je vois une chaise et je déclare que l’objet de ma vision est bien une chaise, j’énonce une vérité et chacun l’approuvera. Mais dans le domaine des idées et des théories élaborées par la pensée il en va tout autrement. Combien des systèmes philosophiques, des mouvement religieux ou des régimes politiques ne pensent-ils pas détenir la seule et unique vérité et ne se donnent pas corps et âme à son service allant des fois jusqu’à commettre les crimes les plus abominables afin d’imposer leur « vérité » au reste de l’humanité ? Pouvons-nous déceler la moindre trace de beauté ou de bonté dans une telle attitude ?

Diamétralement opposée, la vision de la Vérité de Platon se présente comme une lente et progressive élévation de l’âme jusqu’à ce qu’elle puisse atteindre son propre "Plan de réalisation" inscrit en elle de toute et pour toute Éternité. Il s’agit là du début d'un processus grandiose pour l'homme : sa liaison consciente avec l’étincelle de Lumière que la Source originelle — ayant généré, dans un infinie élan d'Amour et d'Intelligence, des « Formes idéales » resplendissantes de Beauté — lui a insufflé dès sa création. C’est grâce à cette liaison intérieure avec l’Esprit de Vérité que l’âme possède la capacité de transmettre à la pensée, au moyen de l’inspiration, la Volonté divine et l’émanation de ses Lois du Rythme, de l’Ordre, du Nombre, et de l’Harmonie, d’où jaillit toute la création.